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anthovampmalgrelui-282x400Les Editions du Petit Caveau, spécialisées dans le vampire, nous livre pour Noël leur nouveau bébé, Vampire Malgré Lui. L’anthologiste nous annonce dans l’introduction que l’on cherche à s’éloigner des clichés, du vampire beau, ténébreux, puissant et charismatique. Pas forcément évident à la vue de l’illustration de couverture… Une tentative de renouveler le mythe donc, de l’emmener ailleurs, un pari qui semble impossible, en ces temps de post-modernisme où l’on a tendance à remettre au gout du jour les œuvres du passé. Le recueil s’ouvre d’ailleurs sur une nouvelle réflexive de Jean-Paul Raymond, traitant justement du renouveau en littérature vampirique, qui rend hommage aux textes de références, alors que le narrateur tente d’écrire le premier chapitre d’un roman aux longues dents et bute sans cesse sur les clichés du genre. On pourrait s’attendre à du réchauffé, mais l’anthologie recèle de très jolies surprises, comme un vampire steampunk, la trucculente grand-mère vampire de la déjà chevronnée Lydie Blaizot, un chat vampire (sublime Petrus de David Osmay) ou un Napoléon vampire. Vous pourrez objecter que tout ceci a déjà plus ou moins été fait, mais avouons que ce ne sont pas là les formes de vampirisme les plus répandues, et chaque nouvelle apporte un petit truc inédit. Le must de l’originalité revient certainement au suceur de sang de Cuttle Feesh (Alice B. Griffin) qui se présente comme un poulpe de l’espace métamorphe acteur de série télés interplanétaires… qui dit mieux ? Il devient vite evident que le recueil s’attache à montrer une autre face du vampire, celle d’un nosferatu qui n’a pas choisi d’être ce qu’il est, qui parfois, ne sait même pas ce qu’il est. En bref, un vampire avec des faiblesses, peu séduisant, le vampire malgré lui annoncé par le titre.

Séduite, je souhaite saluer le travail de tous ces auteurs, en particulier celui de Jean Vigne et celui de Malaïka Macumi, auteurs déjà publiés au Petit Caveau, que j’ai découvert ici et qui m’a donné envie de lire le reste de leur bibliographie. Jean Vigne nous emmène sur la trace des chauves-souris vampires et des Naömis, une tribu amazonienne composées d’enfants qui ont un penchant pour l’hémoglobine tandis que Malaïka Macumi nous fait sympathiser avec Herbert, un vampire looser allergique au sang contenant trop de cholesterol, d’alcool, ou de drogue et qui se retrouve obligé de chasser ses victimes dans les supermarché bio, pour être sûr que le sang soit assez sain pour lui. Autant dire qu’il crève la dalle dans cette société remplie d’alcoolos et de ménagères qui se shootent au Xanax ! Un récit hilarant et décalé avec une fin très surprenante. Neverland, de Henri Bé, vaut aussi le détour, avec ses enfants cobayes qui ne grandissent pas, garçons perdus prisonniers non pas aux Pays Imaginaire, mais dans un centre hospitalier aseptisé. À la fin du recueil, se trouve aussi une très belle nouvelle de Vincent Tassy, Mademoiselle Edwarda, qui raconte sur fond de New Wave et de clubs rétros, la malédiction d’un transexuel qui devient immuable juste avant sa vaginoplastie. Plus classiques, mais tout aussi passionnants, Les Dents de Kitty, de Patrice Verry —vampirette en devenir à la recherche de ses origines — ou le récit particulièrement dur de Déchéance (Patrice Mora) où après une épidémie qui a dévasté la Terre, un homme se relève de sa tombe. Il est devenu un mutant aux sens surdéveloppés et à l’implacable soif de sang, hanté par la mort de son fils.

Une belle surprise donc que cette anthologie, pleine de petites perles. Fans de vampires, je vous la conseille vivement, le niveau est excellent, tant dans la construction des histoires que dans le style affirmé de leurs auteurs !

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