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ANGEMORT-HD

Epuisé et introuvable, le premier roman de Sire Cédric, Angemort -initialement publié en 2007 chez Nuit d’Avril – a enfin été réédité chez le Pré aux clercs, pour le plus grand bonheur des fans.

 » ça baise, ça meurt, ça mutile, ça domine en cuir noir, ça rêve d’immortalité, le tout dans des endroits sacrés, poussiéreux, souterrains et, si possible, les trois à la fois. » disait Thomas Day en 2006 dans Bifrost et je pense que que ça évoque bien le bouquin, sans pour autant le résumer…

L’histoire commence dans une ambiance fantastico-réaliste en compagnie de Francesco, vieux noir magouilleur qui arrondit ses fins de mois en procurant des reliques et des cadavres à une clientèle particulière. Sa vie est bouleversée par Cheverny, dandy richissime et collectionneur aux goûts morbides, à qui il procure une peau de femme écorchée d’une perfection sans précédent. Le ton bascule très vite dans la fantasy sombre et le grand n’importe quoi jouissif quand apparaissent les personnages de Magdalena, la nécromancienne vampirique nympho et son partenaire sexuel et esclave soumis, Joyeux – qui est aussi son fils dégénéré, produit de plusieurs générations de consanguinité… Précisons que ce dernier, adepte des trips uros, de zoophilie et de nécrophilie (oui, il est comme ça, Joyeux) est toujours vêtu d’une combinaison vinyle avec juste une fermeture éclair pour la bouche. Il vaut mieux, en même temps, se dit-on quand on apprend ce qui se cache en dessous. Le drôle de couple, donc, est à la recherche de la peau écorchée car c’est celle d’un ange et elle permettra à Magdalena d’accéder à l’immortalité. On suit aussi Jad, la servante du collectionneur Cheverny, jeune gothique au look extrême et au don de voyance, qui passe ses journées à dormir dans un cercueil, rêvant de s’évader à la Nouvelle-Orléans pour rencontrer des vampires, tout en se tripotant furieusement le minou (ben quoi?).

Cheverny dit à Jad, vers la moitié du roman, « qu’il existerait un film que Rob Zombie aurait réalisé et n’aurait jamais sorti », et l’on ne peut s’empêcher de penser que c’est à son propre roman que Sire Cédric renvoie. C’est vrai qu’il a sûrement fallu de bonnes grosses burnes à Nuit d’Avril à l’époque pour parier sur un texte aussi osé et barré.

Surprenant, jusqu’au boutiste, Grand-guignol, Angemort est un gros délire fétish sado-maso (amis du latex, vous en aurez pour votre argent !) à la pornographie omniprésente qui emprunte au hentai (le seul genre où l’on voit couramment des démons à trois bites), au cinéma gore italien ou à des influences plus Clive Barkeresque, je pense notamment à Hellraiser. A la lecture, on oscille entre fascination pour la plume gothique et ultra-sensuelle de l’auteur (Poppy Z. Brite n’a qu’a bien se tenir!) et rire lors des moments de surenchère comico-crado-grotesque, qu’on ne peut prendre qu’au second degré, voir au troisième ou au quatrième, prouvant que le romancier qui vous a fait trembler avec ses thrillers horrifiques ne se prend décidément pas au sérieux…

Un conte gore d’une noirceur absolue (mais décalée), des personnages plus tordus les uns que les autres, des monstres qui luttent contre des monstres encore plus monstrueux – une thématique chère à Sire Cédric que l’on retrouve dans ses polars avec Eva Svarta – une chose est sûre : soit vous allez surkiffer Angemort, soit vous allez détester, dans tous les cas, ça ne vous laissera pas indifférent !

Moi, j’ai pris mon pied…

Morgane Caussarieu

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