Une belle critique de Dans les veines sur Church of Nowhere

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Dans Les Veines nous propose un magnifique retour à la sauvagerie vampirique, enfin des vampires qui ont les crocs ! Pervers, décadents, violents et amnésiques, les vampires de Morgane Caussarieu sont de vrais êtres de la nuit, dévorés pas la soif et l’ennui. Même ceux d’apparences angéliques recèlent des noirceurs et une cruauté hors-norme. La jeune auteure, puisant chez SomtowPoppy Z. Brite ou Anne Rice réussit un très grand livre de vampires, loin des mièvreries de têtes de gondoles et qui redonne au genre sa fureur et sa beauté fantastique.

Lily a quinze ans, elle souffre. Mal dans un corps malingre et dans une tête traumatisée, ses seules issues sont la musique et les rares amis qu’elle peut avoir, des marginaux comme elle. Cet été là à Bordeaux, l’atmosphère est chaude et moite, le sang bouillonnant dans les veines souvent emplies d’alcools et de drogues attire une nouvelle faune sensuelle et avide. La musique de The DamnedSiouxie et Marilyn Manson berce les nuits d’oubli et d’abandon au Bathory, le club extrême de la ville. Lily va y rencontrer le sublime et androgyne Damian accompagné de sa vénéneuse famille. Gabriel, l’enfant tyrannique, la somptueuse Seiko et le punk psychopathe J.F forment avec Damian un aéropage archétypal et séduisant de vampires modernes et puissants. Lily va se confronter au plus sombre de son adolescence, papillon attiré par la lumière sale d’un monde nocturne chaotique et violent fait de prédateurs, de détraqués, de flics pourris et d’êtres hors-norme et incandescents. Un des tours de force de Dans Les Veines est de s’attacher à une galerie de personnages psychologiquement très bien croqués et évitant tout manichéisme, ici l’ombre est partout, chaque être est un clair-obscur fascinant. Le mal règne dans les cœurs et dans la chair, corrompant les âmes les plus tendres. En mettant ses protagonistes humains ou vampires sur un pied d’égalité, Morgane Caussarieu dresse un portrait crépusculaire du genre humain, voué aux ténèbres dont la seule rédemption est la mort.

Un autre point fort du livre est son encrage et son background qui parlera aux plus gothiques/punks d’entre vous. De backrooms aux squats, des free parties à l’arrache aux soirées décadentes et rock’n’roll, les lieux les plus interlopes sont parcourus par des personnages sans repères, sans âmes, sans âges. Des fantômes avides de sang, de vie, d’expériences mais que rien ne semble encore rattacher à une société désincarnée, froide qui n’a plus rien à leur offrir. Avec des titres de chapitres comme « Marre de jouer les Rendfield pour un Dracula de mes deux », des parodies du mouvement vampyrique et de son leader Father Sebastian ou de caricature de jeunes jouant au vampire dont un dénommé Nothing ( !), on voit que l’auteure a traîné ses guêtres dans le milieu et tout en rendant un sincère et bel hommage au genre, n’oublie pas de relever ses dérives dans un humour très noir.

Mélange brillamment écrit d’horreur splatterpunk, de polar et de littérature vampirique, Dans les veines deMorgane Caussarieu réussit la fusion et l’appropriation de ses modèles pour redonner du sang neuf et de l’énergie désespérée au genre dans ce livre très noir, dérangeant et puissant.

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