à voir sur le site de psychovision : http://www.psychovision.net/livres/interviews/1380-interview-de-morgane-caussarieu

Morgane Caussarieu, l’auteur de « Dans les veines » et « Vampires et bayous« , vient de publier son deuxième roman, « Je suis ton ombre« , à propos de laquelle Psychovision l’a dont interviewé.

Bonjour ! Tout d’abord, merci d’accepter de répondre aux quelques questions de Psychovision. Je commence par une question classique, est-ce que vous pourriez vous présenter à nos lecteurs ?

 

Salut, je suis une punkette de 26 ans et l’auteur de deux romans Dans les veines et Je suis ton ombre, parus chez Mnémos, ainsi que d’un essai, Vampires & Bayous.

 

 

Qu’est ce qui vous a amené plus particulièrement à écrire sur les vampires et à les mettre en scène dans vos romans ?

 

Depuis que j’ai lu Entretien avec un vampire à huit ans, le mythe ne m’a plus jamais quitté et a hanté mes nuits adolescentes. Les vampires sont des créatures duales et fascinantes, une source d’inspiration continue pour moi malgré la surexploitation dont ils font l’objet ces derniers temps. C’est un honneur que d’essayer d’apporter ma petit pierre au gigantesque édifice culturel qu’ils constituent…

 

 

Si « Dans les veines » était plutôt sous l’influence de Poppy Z. Brite, il faut plutôt chercher du côté d’Anne Rice et de Somtow pour « Je suis ton ombre » ou encore ailleurs ?

 

Anne Rice et Somtow étaient déjà une source d’inspiration pour Dans les veines, beaucoup plus que pour celui-là, même si ce n’est pas forcément évident. Dans les veines était mon hommage au genre, très codifié. Avec Je suis ton ombre, j’ai essayé de sortir des sentiers battus, de ne me référer à personne, de produire un texte plus audacieux et personnel. Avec le bayou et l’enfant vampire, l’ombre de Maman Rice plane certainement, mais sur qui ne plane-t-elle pas de nos jours ? Elle a redéfini les codes, il y a un avant et un après Lestat.

Cela peut paraître idiot, mais la structure de Je suis ton ombre m’a été inspirée par « l’Histoire Sans Fin », roman qui m’a captivée quand j’étais gosse. C’est un peu la version glauquy, avec ce gamin qui vit les aventures racontées dans un livre. Pour mes autres références, il faut chercher du côté de la littérature et des films américains sur le Vieux Sud, type « La Nuit du chasseur ». On m’a fait remarqué aussi qu’il y avait un petit côté Stand by me, et même si ce n’était pas forcément conscient, j’avoue que c’est le film et la novella de King dont il est tiré m’ont marqué.

 

 

« Je suis ton ombre » est à la fois une suite et un préquelle, pourquoi ce choix ?

 

C’est surtout un spin off. L’idée principal était de garder un lien avec Dans les veines mais d’écrire un roman qui peut se lire indépendamment. C’est un préquelle car il raconte l’origine de l’inquiétant enfant vampire Gabriel, et une suite parce que les événements se passent un an après ceux de Dans les veines. Mais à part ça, rien à voir entre les deux bouquins. Je voulais surprendre et me renouveler, pas me contenter d’un tome 2.

 

 

Qu’est ce qui vous a amené à vouloir raconter ces deux histoires en même temps plutôt qu’une seule à la fois ?

 

Je suis ton ombre est construit de deux récits à la première personne, celui de Poil de Carotte, un gamin perturbé, de nos jours dans la campagne française, et celui de Gabriel, il y a 300 ans, dans les bayous. L’histoire de Gabriel m’est venue en premier. Mais toute seule, elle est beaucoup moins forte que mise en résonance avec celle de Poil de Carotte. J’aime aussi m’amuser avec les différents styles de langue et la façon de raconter très oral de Poil de Carotte a été un bonheur à écrire. Je voulais aussi parler d’une époque que je ne connais pas mais que j’ai étudié, autant que de mes contemporains et de ma région natale.

 

 

Pourquoi avoir décidé de placer tes romans dans le sud-ouest de la France ? Et pourquoi en dresser un portrait aussi peu flatteur ?

 

Je suis née dans les Landes. Et dans les petits bleds, je vous jure, on se fait vraiment chier gamin, et il se passe pas toujours des trucs très cools. Les évènements décrits peuvent paraître un peu extrêmes, mais je ne me suis inspirée que de témoignages/faits divers recueillis ça et là. Il n’y a pas grand chose d’inventé, que du condensé. Le Temple stygmatise la misère rurale. Alors oui, c’est une vision très noire, et heureusement, pas grand monde n’a eu à vivre les mêmes expériences que mes personnages, mais je pense que ça parlera à certains. J’ai voulu montrer le côté « white trash » de la France, qui a tendance à me fasciner.

 

 

Une autre chose qui est malmenée dans tes deux romans, c’est la famille : entre celle de Lily dans « Dans les veines » et celles présentées dans « Je suis ton ombre », on peut dire que vous n’épargnez pas cette institution, non ?

 

Oui, haha, j’ai un vrai problème avec la famille. Je me la représente comme une prison pour l’individu, et cela ressort très souvent dans mes écrits. Par ailleurs, je suis une grande amatrice de mélodrame, et je pense que toute bonne œuvre a forcément un peu de mélo dedans. Et qui dit mélo, dit déchirements familiaux… CQFD

 

 

Dans « Vampire et bayou », tu présentais le vampirisme de Louisiane comme une revanche du sud suite à la guerre de Sécession, est-ce que dans « Je suis ton ombre », vous ne prennez pas cette thèse à revers, faisant du vampirisme la revanche de l’esclavage ?

 

Exactement. Je voulais faire l’antithèse d’Entretien avec un vampire, avec ses buveurs de sang planteurs, maîtres d’esclaves. Mes nosferatus viennent d’Afrique, et bouffe du Blanc au petit dej’.

 

 

D’ailleurs, les vampires de « Je suis ton ombre » ne symbolisent-ils pas aussi la vengeance de l’enfance brisés sur leur bourreaux ?

 

Oui, c’est du pur « rape and revenge ». Encore un motif de genre qui me tient très à cœur et qu’on retrouve un peu aussi à la fin de Dans les veines. Ici, l’enfant molesté rendu vil par l’adulte déviant obtient le pouvoir de se venger, et c’est quand même une belle revanche, ça fait plaisir, même si ça reste hardcore à lire.

 

 

Au niveau de la violence, Entre « Dans les veines » et « Je suis ton ombre », elle est abordée de manière différente, très graphique pour le premier et plus réaliste dans le second, ce changement de style est dû aux histoires qui sont bien différentes ?

 

La violence est plus suggérée mais peut-être plus horrible encore dans Je suis ton ombre. Je pense que c’est dû au fait que j’ai un peu mûri entre les deux romans, et que je sombre moins facilement dans le gore jouissif. Mais il est vrai aussi que le sujet s’y prêtait moins..

 

 

Avec « Je suis ton Ombre », tu sembles placer l’origine du vampirisme en Afrique, pourquoi ce choix ?

 

Les premiers hommes sont censés venir d’Afrique, alors pourquoi pas les premiers vampires ? Le continent africain recelait beaucoup de mystères et de magie à l’époque pour les colons, et cela continue aujourd’hui. Je poursuis d’ailleurs avec cette idée de vampire africain dans mon prochain texte, un roman court publié aux éditions du Chat noir dans une antho sur les magies venues d’Afrique, Black Mambo. Cela parlera de vaudou, de culte Muti et de djinns. Je partage le sommaire avec Vanessa Terral et Sophie Dabat. On y retrouvera le personnage de Marie-Joséphine, la petite esclave de Je suis ton ombre, dans une histoire mettant en scène le Baron Samedi, toujours à la Nouvelle-Orléans, mais cette fois de nos jours.

 

 

Quels sont vos projets ?

 

Eh bien il y a donc Black Mambo qui sort pour le salon du livre en mars 2015, et actuellement, je suis en train de finir un roman de littérature blanche, qui racontera la romance tordue entre une gothique frigide et un punk bipolaire, sur fond de drogue et de musique, tout en faisant le tour des scènes underground parisienne et berlinoise actuelle.

 

 

Je vous remercie d’avoir bien voulu répondre aux questions de Psychovision. Et je vous laisse donc le mot de la fin :

 

Les gentils vampires n’existent pas !

 

 

 

A propos de cette intervew :

 

– Chronique de « Je suis ton ombre« 

– Site de l’auteur :  https://morganecaussarieu.wordpress.com/

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