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Chapitre 1 : GREVE DES AGRICULTEURS : JE DOIS ALLER A L’AEROPORT EN STOP

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L’aventure galère a commencé bien avant d’arriver en Ethiopie. La veille du décollage de mon vol pour Addis Abeba à l’aéroport international de Nice, 7h du mat’, c’est la grève des agriculteurs : ils ont bloqués les autoroutes avec leurs tracteurs et ont coulé des blocs de bétons sur la voie ferrée ! Plus aucun train ne circule vers Marseille, je me retrouve dans la merde à Toulouse matabiau à mi-parcours. Je tente de trouver un blablacar, mais aucun ne me ferait arriver à temps à l’aéroport. Du côté des loueurs de voitures, aucun conducteur n’accepte de prendre la passagère supplémentaire à la drôle d’allure que je suis. Envie de tout abandonner, de m’asseoir sur mon billet d’avion. Le ciel ne veut pas que je parte en Ethiopie, on dirait. Comme je crois en ces choses là, je me dis que c’est peut-être un signe… Alors que la mort dans l’âme, permis en poche, j’envisage de louer une voiture à 300 euros, miracle, le mec devant moi part pour Marseille et accepte de me prendre sans que je paye rien. Très sympa et très drôle, il s’avère franchement antisémite sur les bords. On parvient à la fin de notre débat à un compromis : je concède qu’en effet, il y a beaucoup de juifs à Hollywood, et lui reconnaît que Dieudonné n’est vraiment plus drôle sur la fin. Si j’avais eu vraiment de la chance, j’aurais pu choper la dernière navette pour Nice juste à temps. Mais toujours à cause des fichus agriculteurs, on doit faire pleins de détours, et on arrive sur Marseille très en retard. Même si c’est pas rassurant et que je ne suis pas armée et que j’ai peur de rester planté là, je tente le tout pour le tout et dis à mon sauveur de me déposer de nuit sur une aire d’autoroute, pour aller jusqu’à l’aéroport en stop. C’est ma seule option si je veux prendre cet avion. Pour parachever le décor de film d’horreur, il y a un vent de tous les diables, il fait tellement froid, rien à voir avec le temps supposé en Méditerranée. Personne ne va à Nice. Je me dis que je vais mourir gelée si je dois passer la nuit ici sans sac de couchage. Heureusement, au bout d’une heure, je trouve un gay sympa directeur de colo qui m’amène jusqu’à Cannes. On parle voyage, lui est amoureux d’un petit thaï. Je dis en plaisantant que qui sait je vais me trouver un éthiopien (je n’aurais pas pu être plus dans le vrai). Il me dépose à un péage avant Nice, il fait encore plus froid. Un type me prend finalement et accepte de faire le détour à l’aéroport. J’arrive au soir à l’aéroport de Nice comme prévu et y passe la nuit.

Chapitre 2 : L’ETHIOPIE : LE KHAT, L’INJERA ET LES GARCONS QUI EN VEULENT A MON CUL.

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La capitale éthiopienne, Addis, est moche est oppressante, c’est très compliqué de s’y retrouver pour prendre les transports en commun, des minivans où s’entassent les gens jusqu’à ce qu’ils éclatent. Un jeune garçon crie à la fenêtre la destination, et la plupart du temps, ce n’est pas le nom d’une rue ou d’une place, mais un nom officieux, qu’utilise les locaux. Comme ça se voit que je suis un peu perdue, la proie facile, je me fait aborder par un guide, Adésu, qui me fait visiter à pieds les principales églises, sans grands intérêts. 

Une fois sa mission terminée, il m’entraîne dans un petit local de terre battu situé sous le métro aérien, entre les boulevards pollués où klaxonnent les voitures. Là, lui et ses amis se retrouvent pour mâcher le khat, la drogue légale locale, une plante énergisante et hautement addictive. dj2khatC’est parti, on mâche des feuilles, en les faisant passer avec le délicieux café éthiopien. On est bien là tous ensemble, je ne ressens pas trop de différence de culture, les éthiopiens sont sympas et savent rigoler. C’est comme si j’avais jamais quitté Berlin : je suis entourée de beaux gosses qui auraient pu être mannequins (les éthiopiens ont les traits très fins), habillé en sportwear décontract, sous une voie de train aérien, et on fait tourner des énergisants. C’est tout une technique, le khat, faut prendre que les feuilles les plus jeunes, et les mâcher d’un seul coté de la joue pour continuer à parler et pas s’étouffer avec. J’apprends vite. Après cela, Adésu me propose d’aller boire un coup. Je pensais qu’on le ferait dans un bar où dans la rue, mais il loue pour nous une sorte de salon privé avec des lits, dans l’arrière sale d’un restaurant. Je sens qu’il y a anguille sous roche. L’air de rien, pour mon éducation sur l’Ethiopie, il m’apprend que les femmes éthiopiennes aiment la prendre dans le derrière. Moi je décide que j’ai déjà assez mal au cul avec tout le fric que je viens de dépenser pour sa guidance, et décide de prendre congés.

Cette première journée servira de modèle à ma relation avec les garçons éthiopiens. Chaque garçon à qui j’adresserai la parole durant mon voyage tentera quelque chose avec moi au bout d’un moment, que ce soit un guide qui essaiera de me saouler pour arriver à ses fins (malheureusement pour eux je tiens mieux l’alcool qu’eux), un chauffeur de tuk tuk qui m’achètera des fruits pour m’amadouer, ou un passager de bus à qui j’aurais demandé un renseignements qui me touchera avec insistance ou m’aidera plus que de raison. Là où c’est le plus difficile, c’est dans les transports locaux remplis de paysans. Je me sens cernée par le regard des garçons, par leur attitude suggestive. Je me demande à chaque fois ce que je fais là et comment je vais m’en sortir. Il ne se passera rien de plus à chaque fois. Mais je ne me sens pas très bien, à cause de ce harcèlement permanent. A peine je me débarrasse d’un qu’un autre survient. Bon plusieurs fois, j’avoue ne pas m’aider en allant danser avec mes guides dans les night clubs locaux, en remontrant aux bitches locales. Les éthiopiens bougent tous comme des dieux, ces escapades en night club restent dans mes bons souvenirs. DSC03862
Le soucis de voyager à la backpackeur, avec les transports locaux, c’est que le bus part souvent à 5h du matin, donc il faut traverser la ville dans la nuit noire, où ne croise que les mendiants et ensuite affronter le chaos des gare de bus, ou tout le monde crie, se montre agressif, ou il faut demander plusieurs fois quel bus prendre car rien n’est clair. Attention aux pickpockets aussi. Beaucoup de stress. Je suis tout le temps la seule blanche à des kilomètres à la ronde : c’était ce que je recherchais et n’avait jamais eu en Asie, mais c’est parfois un peu effrayant. Surtout dans les petites villes où on ne voit pas passer beaucoup de touristes et où on me regarde comme un monstre ou bien on rit de moi. Mes tatouages et mes piercings n’aident en rien. Ils n’ont jamais vu de créature telle que moi.

DSC03872Dans les grosses villes, il faut aussi composer avec la « frénésie des farenjis », le mot qu’on utilise pour désigner les étrangers. En gros, tout le monde parle de toi en te désignant comme l’étrangère, et les enfants crient « Farenji ! Farenjis ! » sur ton passage, ou te pointe tu doigt en gueulant « You ! You ! You ! » et te demande de l’argent. Le mieux est de le prendre à la rigolade, mais à la longue, c’est éreintant. Je ne me suis jamais autant sentie freak.

Le prix des hotels est plus élevé que je le pensais, le livre Lonely Planet est très peu orienté backpackeur et ne propose que peu d’hôtel en dessous de 10 euros la nuit. En plus, il y a souvent un prix pour les locaux, et un prix pour les farenjis, trois ou quatre euros supplémentaires. La plupart du temps, quand un éthiopien t’aide, c’est soit qu’il veut ton cul, soit qu’il veut ton argent.

Mais quand même, j’aime l’éthiopie et les éthiopiens. Entre eux, ils sont supers, ils ont le contact facile, vivent en communauté soudée, genre si quelqu’un n’a pas de sous pour payer le bus, les autres passagers lui payent. Ils t’invitent à partager leurs repas même s’ils ne te connaissent pas. Ils ne disent jamais du mal de toi. Ils sont drôles, relax, ils répètent sans arrêt « Tigré Lem » qui veut dire « Pas de problème » ou « Ab chir » qui veut dire « profite/enjoy ». Ils aiment l’humour bête et méchant : dans le bus on regarde des vidéos gags ou les gens se poussent, tombent ou se frappent gratuitement ; tout le monde est hilare. Ils regardent aussi des comédies romantiques, et des télénovas brésiliennes, mais surtout des retransmissions de football d’Arsenal et de Manchester United. Ils sont très européanisés car reçoivent la BBC. Ils détestent les chinois, qui envahissent leur pays et volent les contrats de construction à leurs entrepreneurs locaux. Les blagues racistes sur les chinois sont monnaie courante. La plus drôle que j’ai entendue, qui serait aussi une histoire vraie : « Un chinois est en prison. Ses amis viennent le voir, et veulent entrer dans la cellule. Le gardien le leur interdit et dit : « Ah non, si vous faites ça, je saurais plus lequel est mon prisonnier, et je risquerai de le laisser sortir. »

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Autre chose à propos des éthiopiens, ils font une cuisine d’enfer… La plupart des plats se mangent sans couvert mais avec une crèpe acide appelée injera. Tout est absolument délicieux, même si souvent un peu trop épicé pour des papilles européennes. Faisant quelques entorses à mes principes végétariens, j’ai aimé chaque plat, viandes grillées ou bouillie, poissons frits ou en soupe, gâteaux de toute sortes, graines grillées, canne à sucres, et préparations variées de légumes, du choux, des lentilles, des betteraves. Ils font aussi une multitude de pains différents tous plus moelleux les uns que les autres.

téléchargementEt ils concoctent des shakes appelés spris, où on l’on trouve, dans le même verre, par couche, de l’avocat, de la mangue, de la papaye… Un délice, très énergisant. J’en ai pris un tous les jours. L’éthiopie est un régal pour les papilles aventureuses, tout est ultra savoureux, mais il faut se mêler un peu avec les locaux, loin des sentiers touristiques, pour tout découvrir.

Outre sa cuisine et ses habitants, l’Ethiopie est un pays merveilleux car il est immensément variés. Tous les 100 kilomètres, le paysage change du tout au tout, ainsi que les ethnies qui y habitent, et le style de leurs maisons. Ainsi, l’Ethiopie contient des déserts, des montagnes, des marais, des forêts, des grands lacs.

Chapitre 3 : TRIP EN ZONE ROUGE DANS LE DESERT DU DANAKIL, AU NORD-EST A LA FRONTIERE DE l’ERYTREE

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Pour aller dans le Danakil, impossible de voyager à petit budget, il faut cracher 300 euros, et partir en tour organisé, encadré de soldats armés de kalashs, à cause de la situation politique instable. Quelques touristes sont morts, ils ont redoublé de sécurité. DSC04356DSC04285Moi, toutes ces armes m’inquiètent plus qu’elles me rassurent. Malgré l’air conditionné, on crève de chaud dans la jeep. Avec deux autres baroudeuses françaises, on glousse comme des pucelles en mythifiant notre chauffeur, Tariku, beau mec impassible à qui nous ne parvenons pas à arracher trois mots, et dont l’attitude respectueuse diffère complètement de ce à quoi nous ont habitué les autres garçons éthiopien. Au dehors, il fait plus de 40°. Cela n’empêche pas les Afars de récolter le sel du désert et de l’acheminer vers la ville à dos de chameaux.

Nous voyons passer les caravanes de sel, puis nous visitons une zone géothermiques aux couleurs magnifiques, dont nous piétinons le merveilleux sol allégrement – autant pour l’éco-conscience. C’est comme être sur une autre planète. La chaleur est écrasante, mais je revêts mon sweat à capuche pour ne pas finir brûlée.

Certains Afar ont les dents taillées en pointe, excitant mon imagination vampirique. Après avoir dormi à la belle étoile, dans un camp sommaire, nous partons en direction du volcan en activité Erta Ale, essayant de composer avec l’attitude arrogante et égoïste de la bande de vieux beauf israéliens avec qui nous avons le malheur de voyager, pesant sur les nerfs de chacun. Nous croisons une bande d’autruches qui s’enfuient à notre approche.

DSC04509C’est dans la nuit noire, à dos de chameau, éclairé à la lampe torche, que nous entamons l’ascension du volcan. On est très haut perché sur cette bestiole, et c’est pas hyper stable quand elle saute une marche.

DSC04555Ce voyage est l’occasion de ma rencontre avec les chameaux ;je suis tombée amoureuse de cet animal si doux et si patient, qui subit les brutalités sans broncher. Très vite durant l’ascension, je me retrouve isolée du reste du groupe, sans aucun militaire pour m’encadrer, l’organisation laisse à désirer si c’est vraiment dangereux à ce point. Malheureusement nous n’avons pas vu la lave, juste de la fumée rouge : on se serait cru aux portes des enfers, ou dans un club berlinois qui aurait abusé sur les fumigènes.

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Chapitre 4 : LES EGLISES MONOLITHE DE LALIBELA, LA NOUVELLE JERUSALEM

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DV6CBnSXcAAi0-IChapitre 5 : SAFARI

DSC04662DSC04729DSC05231Chapitre 6 : A LA RENCONTRE DES TRIBUS DE LA VALLEE DE L’OMO DANS LE SUD OUEST EN MOTO

DSC04851Normalement, ce trip se fait en 10 jours, et on le réserve depuis la capitale, en crachant 1000euros ou plus. Oui, voyager en Ethiopie, normalement, c’est pour les riches. Moi, qui ne le suis pas, j’arrive en transport public à Arba Minch la ville aux portes de la vallée de l’Omo, voir si c’est possible d’envisager quelque chose de moins cher. Un type me propose de faire le tour des tribus en quatre jours en louant un 4×4 à 100euros, c’est encore beaucoup trop. Il n’y a malheureusement aucun autre backpacker dans la ville pour partager les frais. Dans la rue, un mec à la coule avec des rastas nommé Guédj me propose de m’emmener en moto et de me faire payer 180euros les 4 jours. J’accepte, malgré le danger que représente la moto. Je sens bien le mec, et ce sera la vraie aventure. D’autre guides, qui veulent récupérer ma clientèle, me disent que c’est dangereux d’aller voir certaines tribus en moto, elles sont agressives (j’en ai la confirmation plus tard, après y être allé), et cassent les prix, montrant qu’ils se sont avant bien foutu de ma gueule. Mais je décide de partir quand même avec Guédj, tout en me méfiant. Il me demande de lui filer 50 balles direct pour les changer en birr (la monnaie éthiopienne) au marché noir et avoir du fric pour le voyage. C’est pas rassurant de lui donner, avec juste un casque de moto pourri comme garantie, mais je prends le risque. Le soucis en Ethiopie, c’est que même les guides assermentés semblent des escrocs. Le tourisme fonctionne comme une mafia, tout le monde prend sa commission, et rien ne semble vraiment officiel. Les touristes sont suivis par des repéreurs, traqués comme des proies dès qu’ils mettent un pieds en dehors de l’hôtel. Toute rencontre fortuite ne l’est pas. On ne sait jamais si la personne va bien venir vous chercher le lendemain à votre hôtel ou si on s’est fait enfler. Mais Guédj vient bien me chercher à l’heure dite. On accroche mon gros sac à sa moto. Là encore, rien ne l’empêcherait de partir avec… il ne le fait pas.

DSC04808Après quelques heures de routes dans les villages konsos et leurs cultures en terrasse, ou tout le monde boit une sorte de mixture alcoolisée très nourrissante, même les enfants, très agressifs car complètement bourrés, je me détends paradoxalement. Mon guide est super, charmant, farceur et très drôle, il conduit prudemment et il va vraiment m’emmener dans l’Omo Valley loin des circuits touristiques, comme promis. Dès la première journée, nous crevons un pneu, et on le fait réparer dans un village où je suis l’attraction pour les enfants qui n’en finissent plus de toucher mes tatouages. Pour rester bien réveillé, nous mâchonnons du khat, dont j’arrache les feuilles à l’arrière de la moto.

DSC04907En découvrant les mursis, l’ethnie la plus famous grâce à ses femmes plateaux, je me rends compte qu’en fait, ce sont de gros poseurs. C’est un peuple de chasseurs, sauf qu’ils ont tué toutes les bêtes de la réserve dans laquelle ils vivent, et maintenant ils n’attendent que l’argent des touristes, à qui ils font payer les photos. C’est limite s’il ne t’agresse pas si tu ne les prends pas en photos. Avec l’argent, ils achètent de l’alcool, l’araki. Ce sont des business men et women très exigeants, ils te jettent à la gueule ton billet s’il a le malheur d’être un peu déchiré (alors que les billets supers déchirés sont acceptés dans tous les commerces.) Certains rusent, ils changent de tenus pour qu’on ne les reconnaisse pas et qu’on les prenne deux fois en photo. Je ne m’en suis pas laissée comptée^^. Guédj a eu la bonne idée de m’emmener à l’aube, du coup il n’y a pas d’autres touristes, et les mursis ne sont pas encore bourrés, et se comportent presque bien avec moi. Heureusement, car on est en moto, sans garde armé avec nous, alors que c’est obligatoire normalement. Sur le trajet, certain enfants nous ont menacés de leur lance, mais juste pour rire. Enfin je crois. Ma rencontre avec eux s’est bien passé, une fois la frénésie des photos passés, ils m’ont examiné sous toutes les coutures, et on a partagé notre petit déjeuner avec eux.DSC04878

DSC04866Les mursis m’ont vraiment fait penser à ces punks londoniens qui eux aussi attendent que les touristes les prennent en photo, bière à la main. Mais ce sont les Hamer et les Bana, dont le look rappelle le plus celui des punks. Ces petites beautés mixent avec brio moderne et traditionnels, crètes et sportwear DIY à l’appui. 

DSC04830DSC05069J’assiste le jour suivant, après avoir dormi à même le sol dans la case d’un village Hamer où on s’est fait piqué par les puces, à une cérémonie de bull-jumping, sorte de show où un garçon qui va se marier doit sauter nu sur le dos de taureaux alignés.

DSC05108Mais ce n’est pas ça le plus impressionnant. Avant cela, toutes les femmes, qui se sont enivrées au préalables, entament une danse tribale aux rythme profonds, en tapant des pieds, faisant tinter les grelots à leur chevilles.

DSC05081Ensuite, en transe, elles se battent comme des chiffonnières pour recevoir à tour de rôles de violents coups de fouets qui leur ouvre la peau du dos et du ventre. Elles ne mouftent pas, semblent aimer ça, elles en redemandent, c’est comme ça qu’elles prouvent leur bravoure.

Fan de ce genre de performance sanglante, je trouve ça trop cool, j’aimerai me joindre à leur danse, j’ai beaucoup de respect pour elles, moins pour les autres touristes qui mitraillent leurs blessures, et qui semblent ne rien comprendre à l’intérêt de telles pratiques sado-maso. Certaines commères françaises commentent que les coups de fouets ne sont pas assez fort (j’aimerai les y voir), un connard d’israélien (encore un, ça aurait fait plaisir à mon antisémite de l’autostop) s’entête à prendre en photo une femme qui ne veut pas, la provoquant de son objectif, la tourmentant : quand je finis par lui demander d’arrêter et de la respecter, il me répond, imperturbable : « mais j’ai payé pour ça ! ». Je commence à comprendre pourquoi les gens parlent de la vallée de l’Omo comme d’un zoo humain. Si avec les mursis, j’étais moi-même bien plus l’animal qu’on dévisageait avec des yeux ronds et palpait sans honte, ici, où les touristes sont plus nombreux et tout puissant, c’est autre chose. Surtout que la plupart de l’argent récoltée par le bull-jumping ne va pas à la tribu.

Les deux derniers jours, le retour et la visite des dernières tribus, Kanso et Oromate, sont très dures pour Guédj et moi. Les routes sont très mal entretenues, nous démolissant le dos sur les bosses, et nous glissons plusieurs fois dans le sable. A un moment, alors que nous n’avons pas d’eau, nous manquons de faire un malaise tous les deux dans une zone aride désertique. Nous sommes sauvés inextrémis par des camionneurs qui partagent leur eau.

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Je me brûle assez méchamment la jambe sur le radiateur de la moto, et doit annuler la suite de mon voyage, une randonnée à cheval dans le massif du Balé. L’équitation est impossible, vu l’état de mon mollet.
A mon retour, je reste me reposer à Arba Minch avec Guèdj. Les gens sont impressionnés que j’ai tenu quatre jours de moto dans ces conditions. Beaucoup de packpackeurs abandonnent au milieu et rentrent en transport public.

Chapitre 7 : LES HYENES D’HARAR A L’EST ET LA TOURNEE DES CLINIQUES

Ces péripéties nous ont rapproché avec Guèdj, on a un petit crush l’un sur l’autre. On rit des mêmes bêtises, on a le même âge, même si son visage est plus marqué que le mien, à cause de sa vie à la dure. Étonnamment, tous les amis de Guèdj trouvent qu’on se ressemble beaucoup au premier abord, même si nos looks n’ont rien à voir. C’est un petit mec de la rue avec une gueule à la Snoop Dog et des perles aux chevilles, tout le monde le connait et l’apprécie, un arnaqueur au grand cœur. Toujours il essaie de contourner les géants du tourisme pour que les tribus reçoivent directement l’argent. Je ne suis pas la seule à avoir craqué sur lui, beaucoup de ses clients restent en contact avec lui après le tour de la vallée de l’Omo, certains l’ont même invité dans leurs pays tout frais payé. Il est comme ça, Guèdj, il a une énergie unique qui marque les gens. On ne se comprends pas toujours quand il s’agit de se lancer dans des débats philosophiques, mais on s’entend sur l’essentiel, mode de vie, bouffe et déconne. A Arba Minch, je joue les appâts pour mettre en confiance d’autre touriste. Je découvre les dessous de leur petite mafia. Je déchante un peu quand mon Guédj, un peu bourré, a une altercation avec le propriétaire de la moto qu’il a rendu en retard, et qu’il sort un énorme couteau. L’altércation ne va pas plus loin, mais je n’aime pas ça… Guédj a des vieilles cicatrices sur les joues, j’apprends qu’un mec les lui a ouvert au rasoir, parce que justement il n’était pas armé. Maintenant il frappera toujours le premier. Olalala, dans quoi je me suis encore fourrée moi ? A Arba Minch, le lendemain, je manque me faire agresser violemment par un borgne à la mine pas sympa du tout, et Guédj gère le truc en demandant à un passant de me prendre sur son scooter pour m’éloigner. Je réalise de plus en plus les dangers de l’Ethiopie. Je suis vraiment loin de chez moi.

Guédj ne veut plus me quitter, et décide de m’accompagner dans mon voyage vers Harar, ville musulmane tout à l’Est. Ça me rassure, avec lui j’aurais moins peur dans les transports en commun. On s’arrête dans la grande ville d’Awassa, presque aussi grande que la capitale, pour aller voir le marché au poisson et ses marabouts.

Là ma brûlure de moto à la jambe s’infecte, et en plus, je me retrouve affublée d’une bonne mycose vaginale bien sympa et je n’ai pas pensé à prendre de crème. On se rend dans une clinique privée, là un gros docteur me met un doigt dans ce petit cabinet qui ne paye pas de mine, la fenêtre est ouverte, donnant presque sur la rue. Une scène pittoresque. Il me prescrit des antibiotiques, et deux crèmes, et on doit faire le tour de toutes les pharmacies pour trouver les médocs en question. Ils s’avèrent efficaces. En Ethiopie, je trouve qu’on est bien soigné, quoi qu’en dise le Lonely Planet.

On arrive à Harar après une succession de bus locaux et d’arrets dans les bleds qui jalonnent le chemin, terminée par une course effrénées dans un minivan surbondé qui va a toute blinde sur les petites routes de montagnes. J’en ressors sans un poil de sec. A Harar, les femmes se parent de voiles multicolores, les bâtiments sont blancs, et ça ressemble plus à ce que j’imagine de l’Afrique du Nord.DSC05268

DSC05304La région d’Harar, c’est là où pousse le khat, et j’en vois les ravages. Partout dans les rues, des gens sont allongés et mâchent en continu. Ils ne ressemblent à rien, pouilleux, une bave verdâtre tartinant leurs lèvres. J’ai eu l’occasion de me rendre compte que Guedj était accro lui aussi, pas un jour n’a passé sans qu’il ne mâche la plante, même si la situation ne s’y prêtait pas. Il me pousse aussi à la consommation, jusqu’à l’écœurement.DSC05343

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L’attraction touristique ici, c’est d’aller nourrir les hyènes à la nuit tombée. Elles sont effrayantes, s’approchent par cercles, leurs yeux luisent affreusement sous notre lampe torche. Je n’ai plus si envie que ça de les nourrir tout d’un coup. Quand le maître des hyènes me tend le bâton portant le bout de viande, je le prends néanmoins. Les hyènes sentent la charogne. C’est avec surprise que je m’aperçois qu’une hyène m’est monté sur le dos. Le maître des hyènes lui donne à manger au-dessus de ma tête. Elle est très lourde, j’ai très peur, je sens son souffle dans ma nuque, sa truffe. Mais elle ne me fait rien. Je repars ravie de cette expérience.

Le lendemain, je déclenche une diarhée violente, puis je fais un malaise : faiblesse générale, ma tête tourne. Guédj a peur que ce soit la malaria qui peut tuer en vingt quatre heure, car on a été piqué par beaucoup de moustiques à notre escale à Assaïta, la veille. Malgré ma faiblesse générale, je ris, ce serait bien ma veine, tiens, mourir de la malaria en éthiopie. La hyène ne m’a pas mangé, mais on dirait que Harar veut ma peau. Guèdj veut m’emmener à l’hôpital public, moins cher que la clinique privée, mais je lis dans mon guide, utile pour une fois, qu’ils n’utilisent pas de seringues neuves pour les prises de sang, donc on part à la recherche d’une clinique privée. Dans le tuk tuk qui nous fait faire le tour de la ville, Guèdj se fait dévaliser de 900 birr, ce qu’il avait gagné avec moi, l’équivalent de 35 euros, une fortune ici. Il a la rage. A la clinique, on me fait une prise de sang, j’ai les résultats dans la demi heure, ils sont plus efficaces qu’en france, et je n’en ai eu que pour 5 euros. Pas de malaria, mais il s’avère que j’ai la typhoide. Je rigole, je me dis c’est pas vrai, mais le médecin me rassure, ce n’est pas grave, ça se soigne très bien avec des antibios, qu’on trouve dans la première pharmacie cette fois, pour pas cher du tout.

Chapitre 8 : CRISE POLITIQUE : EN STOP AVEC DES MILITAIRES POUR RETOURNER A ADDIS

Pour sortir de Harar et retourner prendre mon avion à Addis dans deux jours, c’est impossible : à cause de la crise politique, les transports publics sont arrêtés. Jusqu’à présent, je n’avais pas eu à subir trop les désagréments de l’état d’urgence qui a suivi la démission du premier ministre. Au mieux on a eu des coupures d’eaux et d’électricité. Les citadins n’osent pas s’aventurer hors de Harar, disent que c’est trop dangereux, car les paysans sont furieux, ils ont brûlé un bus. Guèdj ne se laisse pas abattre et on trouve un tuk tuk qui accepte de nous conduire au village voisin, ou on espère qu’il y aura des transports. Le chauffeur a peur qu’on nous lance des pierres. Pleins de gens marchent sur la route, certains s’approchent de nous avec des machettes, menaçants, mais rien ne se passe. Dans le village, pas de bus non plus. Du coup on décide de faire du stop et d’arrêter les voitures qui vont à Dire Dawa, la grande ville voisine.

La première voiture qui s’arrête est un camion, rempli de militaires armés jusqu’aux dents. Mais qui ont l’air très sympathique à leur corps défendant. Et puis avec tous les excités sur les routes, c’est sûrement avec les militaires qu’on sera le plus en sécurité. Je me dis néanmoins que s’ils décident de me violer, ce ne sera pas très difficile pour eux avec leur arsenal. Mais au final, le viol sera le moindre des dangers que nous allons courir. Nous montons avec eux à l’arrière du camion, et nous nous asseyons sur des cagettes en nous tenant à ce que nous pouvons. Le camion repart à toute blinde sur une très mauvaise route. Nous faisons des bonds pas possible dans le camion, manquant nous exploser la tête contre les rebords. C’est très éprouvant de se maintenir en place, surtout que je suis encore faible de ma typhoide. Je passe une heure vraiment pas cool. Les cagettes en plastiques sur lesquelles nous sommes assis et rebondissons se percent quand nous retombons dessus, devenant elles aussi des dangers potentielles, avec les dents créées par leur fond percé. Mais s’assommer ou se déchirer n’est finalement pas ce qui nous fait le plus flipper. Les militaires rebondissent autant que nous, sauf qu’ils ont des grenades à la ceinture, et des mitraillettes, et que ces engins de mort bringuebalent dans un chaos infernal.

Nous arrivons néanmoins à Dire Dawa en un seul morceau par miracle. Mais là non plus, pas de transport public disponibles. On arrête un camion, et là le mec dit en me voyant qu’il s’est déjà tapé des blanches mais jamais une française. On décide prudemment de passer notre chemin, et de se poser un peu à Dire dawa. Alors qu’on cherche un autre camion en interrogeant les gens, Guédj reçoit une pierre dans le dos, lancé par un crétin. Voilà qu’on se fait lapider. Heureusement la blessure n’est que superficielle. Le lendemain, on apprend que le train fonctionne pour retourner à Addis. Je pourrais prendre mon avion à temps. Mais c’est un train chinois tout neuf, et il y a des contrôles et des fouilles dignes d’un aéroport. Guèdj, qui n’a pas sa carte d’identité, ne peut m’accompagner. Nous nous quittons en larmes. Puisque nous, ça paraît impossible, jamais je n’aurais les sous de retourner souvent en Ethiopie, forcément, on est tombé un peu amoureux…

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